Depuis quelque temps, il y a quelque chose qui commence sérieusement à m’agacer lorsque je parcours les réseaux sociaux. Sauvons la planète. Sauvons les forêts. Sauvons les animaux sauvages. Sauvons la biodiversité. Oui. Bien sûr. Mais à force de lire tout cela, une question finit toujours par me revenir :
et l’être humain dans tout ça ?
Parce qu’avant de vouloir sauver notre chère planète, il serait peut-être temps de regarder aussi celui qui participe, depuis des décennies, à la mettre dans cet état.
Et là, forcément, le miroir devient un peu moins confortable.
L’OMS estime aujourd’hui que plus d’un milliard de personnes dans le monde vivent avec un trouble de santé mentale. Les troubles anxieux concernaient à eux seuls 359 millions de personnes en 2021. Elle rappelle également que la santé humaine, la santé animale, végétale et celle des écosystèmes sont interdépendantes.
Autrement dit, nous ne sommes pas à côté du vivant. Nous en faisons partie.
Et c’est précisément là que quelque chose m’interpelle.
Nous vivons dans une société où beaucoup d’êtres humains sont épuisés, stressés, anxieux, coupés de leurs ressentis, parfois même de leurs propres besoins. Nous avons appris à produire davantage, à aller plus vite, à dépasser nos limites, à consommer, à nous adapter, à tenir coûte que coûte.
Nous avons été éduqués, conditionnés dans cette société. Et bien souvent, ces conditionnements commencent très tôt.
Alors je me pose cette question :
– Comment pouvons-nous réellement prendre soin du vivant autour de nous si nous ne savons déjà plus prendre soin du vivant en nous ?
– Comment pouvons-nous respecter les limites de la planète quand nous passons notre vie à dépasser les nôtres ?
– Comment pouvons-nous arrêter de considérer la nature comme une réserve de ressources à notre disposition quand nous faisons parfois exactement la même chose avec notre propre corps ?
Nous tirons sur la corde jusqu’à l’épuisement.
Et lorsque la Terre montre elle aussi des signes d’épuisement, nous crions qu’il faut la sauver.
Il y a là, à mes yeux, quelque chose qui mérite au moins que l’on s’arrête pour y réfléchir.
Je ne prétends pas détenir LA vérité. Je partage simplement mon regard, ma façon de relier les morceaux du miroir. Et ce regard, aujourd’hui, je l’assume pleinement.
Parce que plus j’observe notre rapport au vivant, plus je suis convaincue que notre manière d’habiter le monde est intimement liée à notre manière de nous habiter nous-mêmes.
Et parfois, je vais même un peu plus loin. Quand j’entends « sauvons la planète », je me demande ce que nous cherchons réellement à sauver.
La Terre ? Ou l’humanité ?
Parce que la Terre était là bien avant nous. Elle n’a pas attendu l’être humain pour exister.
Nous, en revanche, sans elle, nous n’existons plus. Alors derrière cette volonté de « sauver la planète », se cache peut-être aussi quelque chose de beaucoup plus profond : la peur de notre propre disparition.
C’est mon point de vue.
Mais je crois profondément que nous ne changerons pas durablement notre relation à la Terre uniquement en demandant à l’être humain de moins consommer, de moins polluer ou de mieux protéger.
Nous avons aussi besoin de comprendre ce qui, en nous, nous pousse depuis si longtemps à vivre contre nos propres limites et celles du vivant.
Parce qu’au fond, prendre soin de l’humain et prendre soin de la Terre n’ont jamais été deux combats différents.
Ils parlent de la même chose.
De notre manière d’habiter le monde.
